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La Meije Orientale 3891m

La Meije depuis la GraveSentinelle de la reine Meije, la Meije orientale (3891m) ressemble à une vague transportée vers le sud. Une fois n'est pas coutume, je vous propose le topo d'une montagne dont je n'ai pas foulé le sommet.

Ce mois d'août 1998 a été particulièrement meurtrier dans le massif du Mont Blanc en raison de pluies verglaçantes tombées à haute altitude. Le massif des Écrins n'a pas été épargné par ce phénomène. En glace, les dernières pentes de la montagne luisaient au soleil. Au refuge de l'Aigle, nous avons décidé d'aller jusqu'à la Tête des Corridors (3734m) pour observer le Doigt de Dieu avant de redescendre.

La plus grosse difficulté de cette course consiste à monter au refuge de l'Aigle. Je vous conseille vivement de partir de très bonne heure. Le début de la montée est exposé plein soleil et n'offre pas de répit. A partir du pont des Brebis (1662m), 1600m de dénivellation attendent l'alpiniste. Le Parc National des Écrins a planté là un panneau: refuge de l'Aigle -> 6h. Bavante, pas vraiment, la montée au refuge est de toute beauté, le paysage très changeant et l'immersion en haute montagne est ici plus qu'ailleurs un enchantement.

La Meije depuis la vire AmieuxLes premiers lacets contournent de petits mélèzes pour atteindre un premier pierrier. Le chant de la Romanche s'estompe peu à peu alors que nous atteignons un premier pâturage d'où la vue s'étend du massif du Galibier à la profonde vallée de la Romanche. Je savoure ces instants où le soleil fait perler la rosée sur les genévriers alentours. A la vue des premières barres rocheuses plus haut, je sais que nous allons bientôt entrer dans le monde de la haute montagne, au revoir gentiane, mousses et lichens. Notre guide est fou! Mal des montagnes? Retour parmi les cieux, réincarnation en bouquetin ou folie passagère? Le voila qui saute de vires en barres rocheuses, descend vers le glacier du Tabuchet et en remonte les bras chargés de... génépi. Moi qui croyais que c'était interdit dans le parc, mais la tisane sera excellente... . Une fois la quantité suffisante pour infuser tout le glacier du Tabuchet en poche, notre guide se remet en route. Nous profitons de cette halte pour enfiler nos baudriers. Première difficulté, le passage d'une barre rocheuse qui donne accès au glacier du Bec. La pente est en glace et nous assistons à une partie de billard. Plusieurs cordées sont engagées dans la pente, et les cailloux n' arrêtent pas de siffler. Un bloc plus important que d'autre passe entre les 4m de corde tendue d'une cordée. J'ai cru à un moment à un strique! Bon dieu, mais qu'est qu'ils foutent ces :=@#%~} d'alpinistes, elle est où leur conscience devant un danger aussi évident??? Le bloc va finalement passer par-dessus la moraine du glacier du Bec... avant de s'arrêter je ne sais où. Nous grimpons sur le côté droit, sous l'arête du Pic de l'Homme et nous gagnons le petit col du Bec (3065m). A quelques mètres sous le col je ressens un fort courant d'air, celui qui naît sur le glacier plus bas et qui poussé par un soleil rayonnant vient s'engouffrer dans ce passage. Au col notre souffle est coupé devant la découverte aussi forte que brutale du paysage.

La Meije depuis le Refuge de l'AigleLa vue plongeante sur le glacier du Tabuchet et ses crevasses béantes est fabuleuse. C'est aussi ici que je suis confronté pour la première fois à l'imposante face nord de la Meije. La vue de ces pics élancés dans le vide me fascine. Sous un seul regard la Meije Orientale, le Doigt de Dieux, la Brêche Zsigmondy et le Grand Pic nous saluent.

Nous remontons l'arête pour arriver à la vire Amieux. Il s'agit d'une large vire équipée d'une main courante. Au bout de la vire, nous prenons pied sur le glacier du Tabuchet. Par une pente facile nous remontons le glacier en rive droite. Le refuge de l'Aigle se dévoile sur la gauche, caché derrière un pignon rocheux. La baraque en bois est comme je l'imaginais. C'est une frêle embarcation prête à plonger dans le vide du Glacier de l'Homme, attachée par quelques filins aux rochers. Je pousse la porte d'entrée où un immense "Gros Minet" m'accueille. L'intérieur du refuge m'est tout de suite familier, il est identique aux photographies que j'ai regardées, même si elles dataient du début du siècle, rien n'a changé.

Meije Orientale, première penteNous occupons l'après midi à la sieste, les pieds dans le vide, la tête dans les nuages. J'observe pendant de longues minutes les cordées qui se sont engagées dans la traversé de la Meije. Les conditions de la montagne ne sont pas bonnes. Il manque de la neige, les crevasses sont béantes et les pentes de la Meije Orientale sont en glace. Nous changeons de destination, demain nous foulerons la neige de la Tête des Corridors.

Le temps est beau, la nuit est étoilée, la course du lendemain est sans difficulté aussi la nuit est réparatrice. L'Aigle n'est pas réputé pour ces grasses matinées, fermer l'œil alors qu'un autre groupe se prépare est impossible. Tous le monde se réveille en même temps. D'ailleurs par manque de place, les sacs à dos sont accrochés au plafond, et pour les chercher il faut grimper sur les tables. Le rituel: un thé, deux sucres, deux tartines avec confiture, sans beurre c'est mieux pour la digestion matinale (4h00), et c'est parti! Depuis l'Aigle les premières pentes sont faciles, la mise en route est aujourd'hui agréable.

Levé de soleil sur la Meije OrientaleDeux cordées tentent l'aventure de la Meije Orientale, nous montons à la Tête de Corridors et 2 cordées sont parties 1/2 heure plus tôt pour le Doigt de Dieux. Les petites lumières scintillantes des frontales permettent de suivre la progression de toutes ces cordées dans la montagne et nous sommes aux premières loges.

Le jour se lève magistralement sur la Meije qui reçoit le premier rayon de soleil. Nous allons à la rencontre de cette chaude lumière, qui peu à peu progresse sur le glacier. Notre course étant sans difficultés, je savoure ce jour naissant alors que la lune nous fait le bonheur de jouer avec la Meije.

Une cordée est au travail avec les pentes de neige juste sous le Doigt de Dieux alors que nous atteignons le bombement qui marque le sommet de la Tête des Corridors. Cette antécime me laisse un peu sur ma fin, mes pensées se dirigent plutôt sur la Meije Orientale ou le Doigt de Dieu. C'est avec beaucoup d'envie que j'observe les différentes cordées atteindre leurs buts.A droite, le Doigt de Dieu

Nous les entendons pousser des cris de joie, ils nous font partager leurs émotions. Nous nous laissons pénétrer par la chaleur de l'astre solaire un bon moment avant de redescendre. L'Aigle nous accueille avec du thé chaud, que nous dégustons sur la terrasse, face à la Meije. Pour la descente nous paressons un peu, une belle journée d'été s'annonce, il est 8h00 du matin...


Au revoir l'Aigle, bientôt je me laisserai à nouveaux porter par tes ailes...




départ du Pied du Col
Michelin 77 - pli 7
L'itinéraire ci-dessous est donné à titre indicatif. Cartographie IGN série TOP 25 3634 ET.

Franchir la Romanche au pont des Brebis (1662m). Par de nombreux lacets gagner rapidement de l'altitude pour atteindre une première barre rocheuse sans difficultés. Le sentier remonte un pierrier pour rejoindre les premières pentes neigeuses du glacier du Bec. Remonter le glacier pour atteindre le col du Bec (3065m). Suivre l'arête qui domine le glacier du Tabuchet pour gagner un grand cairn qui marque le début de la vire Amieux. Gagner le glacier du Tabuchet par cette vire importante (mains courantes, échelles). Longer l'arête naturelle du Bec de l'Homme pour arriver au refuge de l'Aigle (3450m).

Depuis le refuge de l'Aigle contourner un éperon rocheux par la droite sud - sud ouest pour remonter une arête neigeuse qui mène à un plateau. Pour rejoindre l'arête nord est franchir la rimaye et remonter une première pente forte (40/45 degrés). Suivre l'arête et atteindre un premier rognon rocheux. Contourner cette difficulté par la droite. Rejoindre à nouveau l'arête neigeuse et la remonter jusqu'à un dernier ressaut rocheux. Le traverser puis remonter sur le fil de l'arête qui conduit au sommet.

La descente s'effectue par le même itinéraire. Depuis le refuge suivre l'itinéraire classique emprunter la veille.

Départ Refuge de l'Aigle 3450m
Difficulté IV/PD. C'est une course de neige sur un glacier crevassé. L'arête sommitale est étroite et la pente soutenue (40 degrés). Sous le sommet quelques rochers faciles.
Horaire Du refuge de l'Aigle au sommet compter 3h. Montée à l'Aigle 6h00, descente 3h00 (pour un contemplatif comme moi).
Dénivellation 460m (du refuge de l'Aigle au sommet).
Conditions favorables Tout l'été dès que la montagne est en condition (renseignements Bureau des Guides de la Grave).
Matériel Piolet, crampons, harnais, corde à simple, matériel de sécurité sur glacier.
Première ascension Henry Duhamel, Giraud Lézin et Florimont Gonet le 21 août 1878.

Parc National des Écrins www.les-ecrins-parc-national.fr
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